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Fiscalité & Patrimoine

Démembrement de propriété : transmettre en réduisant les droits

Le démembrement de propriété consiste à séparer l'usufruit, le droit d'utiliser un bien et d'en percevoir les revenus, de la nue-propriété. C'est l'un des outils les plus efficaces pour transmettre un patrimoine immobilier à moindre coût fiscal. Ce guide en présente les mécanismes et les limites ; il ne remplace pas un conseil notarial personnalisé.

Le principe : usufruit et nue-propriété

La pleine propriété d'un bien se décompose en deux droits : l'usufruit, qui permet d'occuper le bien ou d'en percevoir les loyers, et la nue-propriété, qui confère la propriété du bien sans jouissance immédiate. Le démembrement naît le plus souvent d'une donation (les parents donnent la nue-propriété et conservent l'usufruit) ou d'une succession (le conjoint survivant opte pour l'usufruit).

Chaque partie a des droits et des obligations : l'usufruitier assume l'entretien courant et la taxe foncière (sauf convention contraire), le nu-propriétaire supporte les grosses réparations. La vente du bien en pleine propriété nécessite l'accord des deux.

Au décès de l'usufruitier, l'usufruit s'éteint et le nu-propriétaire devient automatiquement plein propriétaire : c'est là que réside tout l'intérêt fiscal du mécanisme.

Le barème fiscal de l'article 669 du CGI

Pour calculer les droits de donation, la valeur de l'usufruit et de la nue-propriété est fixée par le barème de l'article 669 du Code général des impôts, selon l'âge de l'usufruitier :

Âge de l'usufruitierValeur de l'usufruitValeur de la nue-propriété
Moins de 21 ans90 %10 %
De 21 à 30 ans80 %20 %
De 31 à 40 ans70 %30 %
De 41 à 50 ans60 %40 %
De 51 à 60 ans50 %50 %
De 61 à 70 ans40 %60 %
De 71 à 80 ans30 %70 %
De 81 à 90 ans20 %80 %
Plus de 91 ans10 %90 %

Plus le donateur est jeune, plus la nue-propriété transmise a une valeur fiscale faible, et plus l'économie de droits est importante.

La donation de nue-propriété : l'outil de transmission par excellence

Le schéma classique : des parents de 65 ans donnent la nue-propriété d'un appartement à leurs enfants. La nue-propriété est alors évaluée à 60 % de la valeur du bien ; les droits de donation ne portent que sur cette fraction, après application de l'abattement de 100 000 € par parent et par enfant, renouvelable tous les quinze ans.

Les parents conservent l'usage du bien ou ses loyers leur vie durant. Au décès, l'usufruit rejoint la nue-propriété sans aucun droit ni formalité fiscale supplémentaire : les enfants deviennent pleins propriétaires d'un bien dont seule une fraction a été taxée, sur une valeur figée des années plus tôt.

Une estimation rigoureuse du bien au jour de la donation est indispensable : elle détermine l'assiette des droits et sécurise l'opération vis-à-vis de l'administration. Pour les aspects pratiques de l'acte, consultez notre guide sur la donation immobilière.

Le quasi-usufruit : quand le démembrement porte sur une somme d'argent

Lorsque le démembrement porte sur un bien consomptible, typiquement le prix de vente d'un immeuble démembré, on parle de quasi-usufruit : l'usufruitier peut dépenser librement les fonds, à charge de restituer l'équivalent à la fin de l'usufruit. Le nu-propriétaire détient alors une créance de restitution sur la succession de l'usufruitier, déductible de l'actif successoral si elle est correctement documentée.

Ce mécanisme apparaît fréquemment après la vente d'un bien démembré, lorsque les parties choisissent de reporter le démembrement sur le prix plutôt que de le partager. Il exige une convention de quasi-usufruit, de préférence notariée ou enregistrée, précisant le montant et les modalités de la créance. Sans écrit, les héritiers s'exposent à un rejet de la déduction par l'administration et à des conflits familiaux. Les règles de déductibilité ayant été durcies pour certains montages récents, l'accompagnement d'un notaire est vivement recommandé.

Les pièges à éviter

Le démembrement est puissant mais comporte des chausse-trappes :

  • Donner trop, trop tôt : la donation est irrévocable ; conservez les ressources et l'usage nécessaires à votre train de vie ;
  • Les donations déguisées tardives : un démembrement réalisé peu avant le décès peut être remis en cause par une présomption fiscale si le défunt s'était réservé l'usufruit d'un bien transmis à ses héritiers sans acte régulier ;
  • L'IFI : en principe, l'usufruitier déclare le bien pour sa valeur en pleine propriété ; le démembrement issu d'une donation ne réduit donc pas l'IFI du donateur ;
  • La vente du bien démembré : elle requiert l'accord de tous et pose la question de la répartition du prix ;
  • Les travaux : la répartition légale des charges peut créer des tensions ; une convention écrite est préférable.

Chaque situation familiale est unique : faites valider le montage par votre notaire.

Questions fréquentes

Le nu-propriétaire paie-t-il des droits au décès de l'usufruitier ?
Non, l'extinction de l'usufruit au décès de l'usufruitier reconstitue la pleine propriété entre les mains du nu-propriétaire sans droits de succession ni formalité fiscale supplémentaire. C'est le principal avantage du démembrement.
Comment est évaluée la nue-propriété donnée ?
Selon le barème de l'article 669 du CGI, qui fixe la valeur de l'usufruit et de la nue-propriété par tranches de dix ans d'âge de l'usufruitier. À 65 ans par exemple, l'usufruit vaut 40 % et la nue-propriété 60 % de la valeur du bien.
Qui paie la taxe foncière et les travaux dans un démembrement ?
Sauf convention contraire, l'usufruitier supporte la taxe foncière et l'entretien courant, tandis que les grosses réparations incombent au nu-propriétaire. Il est recommandé de formaliser cette répartition par écrit pour éviter les litiges.
Peut-on vendre un bien démembré ?
Oui, mais la vente de la pleine propriété exige l'accord de l'usufruitier et du nu-propriétaire. Le prix est ensuite réparti selon la valeur de chaque droit, ou remployé dans un nouveau bien démembré, ou conservé par l'usufruitier dans le cadre d'un quasi-usufruit avec créance de restitution.

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